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17 juin 2018

Cet été, mettez les gilets orange pour randonner en montagne !

Au risque de choquer mes amis environnementalistes, je confesse sans honte aucune que j'aime le gibier à ma table, je respecte la chasse et, comme diraient certains à qui l'on reprocherait leur racisme latent, j'ai même un ami chasseur.

Pour autant, un arrêté préfectoral récent m'a ... surpris, désarçonné, effrayé même.

Publié au registre des actes administratifs le 14 juin dernier, il règlemente les dates d'ouverture de la chasse. Un communiqué de presse avait annoncé son contenu quelques jours auparavant

Après une consultation du public organisée du 26 avril au 22 mai derniers, dont la synthèse et l'indication des propositions du public dont il a été tenu compte n'ont pas été rendues publiques en violation de l'article L.123-19-1 du Code de l'environnement, cet arrêté dispose notamment que la chasse au grand gibier démarre ... le 1er juillet prochain et se poursuivra cet automne pendant la période de chasse habituelle.

L'insuffisance des prélèvements d'individus adultes, susceptibles d'opérer d'importants dégats dans les cultures comme en milieu naturel en raison de leur nombre, explique certainement cette politique iséroise.

Mais les chasseurs eux-même semblent peu convaincus de l'adéquation de cette mesure à la surpopulation des sangliers, notamment : dans un communiqué publié dans le Dauphiné, ils indiquent que le prélèvement estival ne représenterait pas plus de 2% du prélèvement annuel et n'hésitent pas affirmer "Chasser douze mois sur douze, non merci !"

Reste que des chasseurs sont bien autorisés, à titre dérogatoire, à tirer pendant l'été sur du grand gibier.

 

En Isère pourtant, les activités de pleine nature constituent une part importante de l'activité économique: doit on, dans ces conditions, y favoriser la naissance de conflits d'usage entre randonneurs et chasseurs, en plein été ?

Car des conflits, il y en aura nécessairement entre des chasseurs gênés par des randonneurs bruyants et des promeneurs craignant le passage d'une balle perdue -on parle bien ici de chasse au grand gibier.

 La galinette cendrée des inconnus est une caricature d'un monde de la chasse qu'on ne connait pas dans les ACCA -associations communales de chasse agréées- que je cotoie. Pour autant, on rencontre parfois, dans les équipages qui louent à la journée un territoire de chasse, des profils de rurbains "viandards" qui ne s'en éloignent que trop peu.

Alors, pour ne pas sombrer dans la caricature mais pouvoir se promener en toute sécurité, cet été, sortez couverts !

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E.Wormser, le 17 juin 2018

12 juin 2018

Gens du voyage : héritage encombrant et mémoire sélective... un "secret de famille"

"La vérité est à manier avec précautions. Mais chacun a le droit de connaître ce qui touche à ses origines et à son devenir. Ces informations lui appartiennent. (...) L’existence d’un secret toxique se manifeste de façon plus insidieuse. Les faits sont souvent masqués par des " mythes " de substitution dont on pressent bien qu’ils ne sont pas tout à fait vrais."

Ces mots sont extraits d'un article -parmi beaucoup d'autres traitant du sujet- publié dans le magazine Psychologie.

Il n'est pas contestable qu'ils ne s'appliquent pas seulement aux secrets de famille et fournissent également une grille d'analyse précieuse pour comprendre les carabistouilles qu'on nous sert dans l'éditorial du dernier journal municipal.

Un extrait de ce texte illustre particulièrement sa prégnance dans le comportement de certain représentant :

"trouver d’autres solutions, telles que la remise en état d’un terrain communal situé près de la déchetterie. Ce site pourrait offrir une réelle alternative en cas de nouvelle tentative d’installation dans le parc. Cette initiative, je l’ai prise alors que Crolles remplit déjà ses obligations légales."

On sait comme certaines collectivités sont convaincues de l'attirance des gens du voyage pour les déchetteries : Hergé n'était pas un grand humaniste mais il dénonçait pourtant cet a priori dans les dessins déjà repris dans notre article du mois dernier. Las, ces caricatures n'ont pas suffi à éviter qu'on installe les "bohémiens" des Bijoux de la Castafiore à quelques mètres des bacs de la déchetterie de Saint Ismier ou qu'on décide d'exploiter une centrale de compostage à proximité de leurs habitations à Villard-Bonnot.

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A Crolles, l'idée n'est pas neuve, loin s'en faut... Et elle constitue apparemment un secret toxique qu'il est utile de réveler alors que certains semblent l'oublier, l'enfouir même tel un secret de famille !

Souvenez vous, en 2007, Crolles accueille déjà les gens du voyage "derrière la déchetterie" dans une aire "transitoire". En novembre de la même année, le Conseil municipal reconnait de graves problèmes de "salubrité" et finit par admettre que des travaux s'imposent en attendant l'ouverture de l'aire de grand passage de l'autre coté de l'autoroute.

En septembre 2008, le Conseil municipal constate que l'aménagement de l'aire de grand passage est bloqué -mais sans dire que c'est parce que le projet est illégal, tout simplement : de méchants environnementalistes empêchent qu'on mette fin à l'utilisation de l'aire transitoire qui, pourtant, "n’est pas conçue pour offrir des conditions d’accueil dignes et décentes aux gens du voyage". Le journal municipal du même mois reprend cette antienne : "Dés l'ouverture de cette aire de grand passage, l'aire provisoire située à proximité du SICIOM a vocation à fermer."

La même année, le maire de l'époque a expliqué à la presse que "certains veulent mettre les choses à feu et à sang pour des grenouilles".

On retrouve dans ces déclarations deux thèmes repris dans le journal municipal de juin 2018 : en substance, "on va faire une installation seulement transitoire derrière la déchetterie" et "c'est pas la fôte à la commune" : il y a dix ans déjà qu'un mythe se construit, un mythe de substitution !

En 2009, branle-bas de combat à la mairie : l'association France Liberté Voyage fait part au maire des conditions exécrables d'accueil des gens du voyage sur la commune... Reprenant les deux branches du mythe de substitution qu'il élabore patiemment, le maire répond, dans un courrier du 23 avril : en résumé, le projet d'aire de grand passage est bloqué par la FRAPNA -en fait, il est bloqué parce qu'il est illégal- et les reproches formulés par les représentants des gens du voyage sont malvenus puisque tout ça n'est pas la fôte à la commune.

En juin 2010, le conseil municipal donne son avis sur le projet de schéma départemental d'accueil des gens du voyage... L'occasion pour le maire de Crolles de mettre le singe sur l'épaule de la communauté de communes... qu'il dirige (!)..., de rappeler que la commune n'est pour rien dans le retard pris pour réaliser l'aire de grand passage et... d'informer que si ladite aire n'est pas réalisée ou exploitée conformément aux termes du schémas, la commune devra réaliser une aire d'accueil de passage ou de séjour.

 

En juin 2018, poursuivant le grand œuvre de son illustre prédécesseur, le maire de Crolles indique, au sujet des travaux qu'il va engager "près de la déchetterie", que la commune remplit ses obligations légales.

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Mais la commune l'aurait alors fait en mettant le singe sur l'épaule de l'intercommunalité, ne l'oublions pas... et que le singe était bien malade depuis sa naissance !

Et surtout, Crolles remplit-elle ses obligations en 2018 ? Non, comme l'annonçait déjà François Brottes dix ans plus tot.

 

Philippe Lorimier omet en effet de rappeler ici que la situation décrite dans notre article du mois dernier n'est que l'héritage de décisions parfaitement irrégulières prises d'abord par la commune de Crolles, par l'Etat mais à la demande de la première et par la communauté de commune présidée par un élu crollois...

Il oublie également de préciser le projet initialement prévu d'une aire de grand passage proche de l'autoroute, en zone inondable, avec des assainissements insuffisants, non conforme au SDAGE (schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux), et dont les incidences environnementales n'ont jamais été correctement compensées.

Il oublie enfin de mentionner que l'aire de grand passage finalement aménagée est déjà occupée -et inutilisable pour les grands passages- parce que l'intercommunalité n'a pas réalisé l'aire de séjour qu'elle devait construire pour accueillir ceux qui y sont déjà installés.

Tout s'est donc passé comme l'annonçait le maire de Crolles en 2010, dans ses prévisions les plus pessimistes !

 

Dans un article presqu'aussi ancien que les faits rappelés précédemment, notre blog s'interrogeait sur l'héritage que le maire actuel de Crolles revendiquerait après son élection : force est de constater que nos espoirs se sont avérés vains... La pratique de la menterie et de l'approximation avec les faits objectifs se poursuit : on nous prend décidément pour des poissons rouges.


A moins, à moins .... que le poids du secret de famille et la honte qui l'accompagne soient une explication plausible de cette mémoire sélective. Une telle interprétation rendrait acceptable -parce qu'incoercible- cette posture qui, fondée sur un "mythe de substitution", fait fi à la fois:

  • de la continuité politique avec les mandats précédents revendiqués par les candidats aux élections municipales aujourd'hui majoritaires
  • et du principe de continuité du service public qui impose qu'à l'occasion d'un changement d'équipe, l'exécutif nouveau n'abandonne pas brutalement l’œuvre de ses prédécesseurs.

E.Wormser, le 12 juin 2018

11 juin 2018

Charte du Développement Durable en Grésivaudan

Le sujet n'est pas neuf, mais il reste d'actualité. Ou plutôt, il serait souhaitable qu'il le soit. A l'occasion de la préparation du projet de territoire du Grésivaudan, nous avons le plaisir de remettre en ligne des documents maintenant historiques qui permettront à chacun de se faire une idée sur le bilan du Grésivaudan, d'abord en tant que "pays", puis en tant que communauté de communes, et sur le chemin parcouru depuis une dizaine d'années.

En juin 2009, six mois après sa création, le Grésivaudan adopte sa charte de développement durable. Il ne s'agit pas d'un engagement gratuit, mais d'un point de passage obligé vers un contrat de développement durable avec la région Rhône-Alpes, contrat qui ouvre la porte à des subventions pour des actions contributives au développement durable. C'est une mécanique institutionnelle complexe comme nous aimons bien en France : des textes généreux et généraux en préalable à des espèces sonnantes pour des actions que l'on espère non trébuchantes.

Dans son avis, le Conseil de Développement, qui n'est pas naïf, insiste lourdement : ce que l'on veut, c'est une politique de développement vraiment durable. La plaquette réalisée par le Conseil de Développement reprend ce leitmotiv : il y a "nécessité d'engager résolument le Grésivaudan dans un développement vraiment durable en s'appuyant sur plus de participation des habitants afin d'économiser les ressources et réduire la pauvreté et les inégalités".

C'est là que l'on voit qu'il y a loin de la coupe aux lèvres ... La participation des habitants est épisodique, lacunaire, partielle ... En un mot : absente. Quant à la pauvreté et aux inégalités, ce sont des enjeux bien éloignés des préoccupations d'une collectivité territoriale accaparée d'un côté par les soucis quotidiens de la gestion, de l'autre par des réflexions très théoriques sur les politiques à mener.

Sans doute avons nous eu tort de nous complaire dans des déclarations incantatoires, trop ambitieuses pour être réalistes, tellement floues qu'elles en deviennent vide de sens. Avec le recul, je m'interroge : la charte a-t-elle fait progresser le développement vraiment durable ? Je crains l'inverse. La charte a masqué l'inertie et la continuité des politiques réellement menées, elle a fait illusion, retardant les prises de conscience, contribuant à l'égarement collectif.

A l'époque, plusieurs signaux auraient dû attirer l'attention. La charte a été élaborée avec des erreurs grossières de méthode.

L'histoire commence toujours avant ce que l'on croit. Le texte de 2009 est la mise à jour d'une version initiale adoptée en 2003 (lire : Parties I et II et Partie III). Mais en 2009, le conseil communautaire est pressé ; il ne procède à aucune évaluation du texte précédent ; il oublie ainsi l'histoire récente. Il ignore aussi la géographie : le diagnostic est donné en seconde partie, après les orientations en première partie. Les deux parties du document ne sont pas articulées. La charte se veut volontariste sur le développement, mais sans poser correctement les problèmes auxquels elle souhaite répondre.

La charte est donc hors du temps, hors sol, elle plane. Irréelle, elle est insensible à la pesanteur et à la tragédie du monde. Dans 10 ans, nous pourrons voter à l'unanimité une version 3 après avoir modifié quelques adjectifs et déplacé deux ou trois virgules.

Peut-être suis-je sévère, mais comment ne pas l'être et comment ne pas être déçu quand on se souvient des espoirs placés, ces années là, dans la continuité du Grenelle de l'Environnement, dans le développement durable qui devait renouveler, en même temps, le contenu des politiques, avec une meilleure prise en compte de l'environnement, et les méthodes mises en œuvre en se fondant sur la participation citoyenne ? 

Alors, quels enseignements en tirer pour notre projet de territoire ? J'en appelle surtout à la simplicité. Que le projet s'appuie sur un diagnostic, qu'il soit concret et centré sur les compétences de la communauté de communes. Pas besoin de nous faire rêver, ce n'est ni l'heure ni le lieu de s'assoupir.

Quelques mots encore pour ne pas rester sur l'impression (fausse) que rien ne change. En 2003 et 2009, concernant la qualité de l'air, c'est surtout la pollution par le trafic automobile qui inquiétait. Aujourd'hui, les connaissances sont plus précises et le chauffage au bois est sur la sellette. En 2009, le diagnostic évoquait, à plusieurs reprises, l'évasion commerciale vers l'agglomération grenobloise. Ce sujet était soigneusement oublié des orientations figurant dans la charte ... mais il a été pris en compte dans les politiques réelles menées, comme on le voit avec la croissance considérable de la grande distribution à Crolles.

Enfin, je ne peux être exhaustif, mais je vous recommande la lecture de cette charte du développement durable du Grésivaudan. Chacun y trouvera des lignes en écho à ces centres d'intérêt. Tiens, voilà les risques naturels, dans la partie Diagnostic : "la géomorphologie induit la présence de risques naturels importants et quasi omniprésents sur le territoire : éboulements, voire écroulements rocheux sur les parties basses des piémonts qui limitent l'urbanisation des parties hautes des communes (...)". On croirait ce texte dicté par François Brottes pensant très fort à la digue du Fragnès qu'il voulait construire à Crolles. Vous pourrez lui dire que le chantier avance bien, il sera fini, ou presque, en 2019, dix après la charte. Le sujet n'était pas mentionné dans les orientations du développement durable, mais il a été pris en compte dans la politique de développement-tout-court.

En ce printemps 2018, le développement durable ne fait plus recette. Comme les agendas 21 échoués dans les friches numériques, il peut rejoindre le musée des modes et vagues qui ont envahi temporairement l'espace public, laissant des traces ici ou là, semant malgré tout des graines qui germeront si les écosystèmes restent suffisamment ouverts et libres.

Pourtant, qu'elles étaient belles ces orientations : Gérer l'espace et les ressources de manière économe, Assurer l'équité, Développer les synergies, Maintenir le lien social, Faire vivre le patrimoine, Encourager les solidarités, Diversifier l'activité et l'emploi, Conforter l'économie agricole, ... J'adore !

Francis Odier, 29 mai 2018