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20 février 2020

Intermède

En quittant Grenoble (la circulation est facile en ce moment), descendez l'Isère et remontez vers le nord-ouest. Vous arrivez à Voiron. Là, pour vous renseigner sur la vie politique locale, c'est ici : le témoignage d'Ingeborg. Je vous le recommande. La politique concrète et les mémoires d'une engagée. Ce dont nous avons besoin. 

Quand vous reviendrez en Grésivaudan, faîtes signe. Nous pourrons encore discutailler ensemble.

F0 - 22 mars 2020

 

 

02 février 2020

Le long terme - alibi de l'inaction

A long terme, nous sommes tous morts, avait coutume de dire Keynes prônant la politique budgétaire comme levier de régulation économique. Aujourd’hui encore, le long terme est l’alibi de l’inaction. Le gouvernement se donne bonne conscience écologique en fixant des objectifs pour 2040 (fin de la vente des voitures à essence ou diésel), 2050 (neutralité carbone) ou les calendes grecques : « zéro artificialisation nette des sols », objectif énoncé mais non daté dans le plan biodiversité 2018. Les collectivités locales sont sur un discours similaire : « demain, il y aura la nature en ville » ; en 2030 ou 2040, il y aura un nouveau tram » ; « un jour, la qualité de l’air sera conforme aux recommandations OMS ».

Dans les stations de ski confrontées à la baisse de l'enneigement, les aménageurs rivalisent d'ambition pour développer le tourisme 4 saisons ... en 2050. Ce discours étant posé pour se donner bonne conscience et anesthésier les critiques, ingénieurs et promoteurs prennent la relève et activent les projets, ici de retenue collinaire pour augmenter la neige de culture, là de nouvelle remontée mécanique pour agrandir le domaine skiable. Telle est la situation que nous constatons à Huez, les 2 Alpes, Chamrousse, Les 7 Laux, les stations du Vercors. Seule la contrainte économique, lorsque la débâcle financière est là ou toute proche, parvient efficacement à réfréner les ardeurs bétonnantes des collectivités.

Il fut un temps où je pensai que le rôle des associations environnementalistes était surtout de travailler dans le temps long, d’anticiper les effets lents, diffus et accumulés qui ne sont visibles que dans la durée. Mais aujourd’hui, la donne a changé. Pour le long terme, nous avons gagné la bataille des idées : tout le monde, sauf quelques excentriques voulant faire parler d’eux, sait désormais que l’on va dans le mur pour le climat, la biodiversité et nos conditions de vie si on ne change pas significativement le modèle agricole, les modes de production et de consommation, les véhicules et infrastructures de transport, les politiques d’urbanisation … Maintenant, c’est le sentiment d’urgence qui doit nous guider.

Agir, sans attendre la prochaine sécheresse, pour la préservation des ressources en eau – et pour cela protéger les captages et les zones humides, limiter l’irrigation, arrêter la neige de culture, renaturer … 

Dans les villes, réserver, très vite, des voies et même des rues pour les vélos, sans attendre des années de réflexion ...

Les exemples sont légion. 

Misons sur la simplicité, et le futur se conjuguera au présent.

Francis Odier, 2 février 2020

27 janvier 2020

Des voeux surprenants

Invité au nom de mon association, j’ai eu l’honneur d’assister aux vœux conjoints des plus hautes autorités départementales, le préfet et le président du conseil départemental. La cérémonie s’est tenue, comme il se doit, en préfecture, non loin de nos locaux de la Maison de la Nature et de l’Environnement. Le buffet était très correct, sans être luxueux. J’ai amorcé quelques conversations, préludes, j’espère, d’autres rencontres. Un ancien repris de justice s’était incrusté dans l’assistance, prétendant avoir oublié de répondre à l’invitation. Ayant purgé sa peine et souhaitant retrouver sa situation ancienne, il parut cependant très seul, mais nul ne s’apitoya sur son sort.

Mais là n’est pas l’essentiel. Je dois surtout rendre compte des discours solennellement prononcés à partir de textes écrits, et sans doute préparés avec l’aide des cabinets respectifs, car ils témoignent directement de la vision de la République promue par nos autorités. Abordant la soirée avec la candeur du novice et mes a priori sur ce que j’allais entendre, je dois dire que je fus surpris.

1024px-Préfecture_de_l'Isère_-_2011.jpg

Les deux discours étaient construits presque sur les mêmes registres, signe de la proximité intellectuelle et politique du représentant de l’Etat et de celui du Département, chacun conservant ses spécificités.

Le premier registre était celui de la République une et indivisible, avec les mots que l’on devait déjà entendre au 19ème siècle. Après les longues salutations protocolaires, chacun remercia ses services et se félicita de l’excellente coopération entre l’Etat et le Département. Les forces de l’ordre, nos gendarmes, nos policiers, la sécurité civile, les pompiers, les agents de l’équipement furent publiquement honorés et applaudis. Le préfet promit qu’il serait inflexible et d’une très grande vigilance pour sanctionner les chauffards et, ainsi, garantir la sécurité sur les routes.

Par la grâce de l’élection ou la vertu de la nomination, nos deux hôtes sont représentants du peuple. Alors, ils exprimèrent avec conviction l’idéologie dominante, socle commun des élites depuis plusieurs décennies, par-delà les alternances. En trois mots : croissance, attractivité, croissance. Ces propos idéologiques, courts et intenses, eurent la vertu de me rappeler mon identité de minoritaire. Je tiquai, car il n’est jamais agréable d’entendre quelque chose que l’on désapprouve, mais le discours avait sa légitimité. Le pouvoir porte ses valeurs sans les cacher.

Jusque-là, tout allait bien.

Pour le deuxième temps de son discours, annoncé comme la séquence bilan de l’année écoulée, le président du département égrena longuement les réalisations de sa collectivité. J’ai d’abord cru qu’il lisait un rapport d’activité. Nous étions dans le registre de la communication, peu éloigné, comme souvent, du plaidoyer pro-domo. Quant au préfet, il n’eut pas la tâche facile, mais il accomplit sa mission courageusement et avec abnégation : donner un coup de projecteur sur la politique inclusive de l’Etat et ses réussites méconnues en faveur de la justice sociale, ouvrir des chemins d’espérance pour la jeunesse qui peut maintenant s’engager citoyennement via le Service national universel.

J’étais venu pour les vœux, j’ai compris que la campagne électorale est permanente, même pour un haut fonctionnaire qui ne craint ni les changements de ministres, ni les renversements de majorité.

A mon gout, il aurait été convenable d’en rester là. Mais je ne suis pas préfet. Mais je ne suis pas président du département. Eux, sont combatifs. Ils ne craignent pas les dérives car ils les contrôlent. Ils connaissent la vérité, ils savent s’en accommoder. Voilà le troisième registre, peu glorieux, que mon rôle de sentinelle de l’environnement m’interdit de passer sous silence.

Je ne sais pas s’ils s’étaient donnés le mot pour afficher leur harmonie. En tout cas, ils étaient en phase l’un avec l’autre pour dénoncer avec une extrême vigueur le dénigrement du monde agricole. Dans les salons de la préfecture, on a le bon goût d’éviter le globish, ce fut donc haro contre le dénigrement. Ont-ils lu récemment Umberto Eco « Construire l’ennemi » ? L’ennemi, si utile pour souder la communauté et resserrer les rangs des fidèles, et peu importe s’il est virtuel.

Pour conclure et tempérer son allocution, le président du département évoqua les trois piliers du développement durable. Rien n’est perdu, poursuivons le dialogue, me dis-je. Le préfet prit de la hauteur républicaine et retrouva le sens de la cohésion nationale que l’on attend de lui. Il remercia non seulement tous les maires et élus sortants, mais aussi tous les candidats, sans en exclure aucun. Malgré ses faiblesses et des égarements ponctuels que l’on voudrait passagers, l’administration reste parmi les piliers les plus solides de notre démocratie. Le préfet nous souhaita à tous une réussite économique et sociale, oubliant l’environnement. Bel étourdi ou fidèle serviteur de l’Etat ?

Après des applaudissements républicains parfaitement calibrés par l’assemblée, nous pûmes boire paisiblement un verre de champagne à la santé des forces vives du pays, passeurs d’avenir durable.

Francis Odier, 20 janvier 2020

A lire : Les supplétifs du « greenbashing », Stéphane Foucart, Le Monde du 20 janvier 2020

28 octobre 2019

Tout vient à point à qui sait attendre

Ce que fait une assemblée, une autre assemblée peut le défaire. Nous en avons eu la preuve récemment au Grésivaudan. En juillet 2019, le conseil communautaire a pris une décision historique : demander son adhésion au SMTC – Syndicat Mixte des Transports en Commun de l’agglomération grenobloise. L’adhésion sera effective au 1er janvier 2020.

Cette décision n’a pas été prise à la légère, mais longuement réfléchie. Fallait-il créer une Autorité Organisatrice des Transports à l’échelle du Grésivaudan ? Le débat était posé avant même la création de la communauté de communes en 2009. A l’époque, les élus du Grésivaudan avaient cru bon, à la seule fin de lever un impôt supplémentaire (la taxe transport), de créer leur propre structure et leur réseau de transport. Ensuite, marketing oblige, nous avons eu droit à une marque locale, TouGo. Ici, comme ailleurs, la comm’ politque a couté cher aux contribuables, avec des résultats si médiocres qu’un retour à la raison a fini par s’imposer. Il était temps de mettre un terme à cette verrue dans l’organisation de nos transports publics.

En 2019, le débat est (presque) clôt. Des élus départementaux l’expriment ainsi (le DL, 9 octobre 2019) : "la nécessité de créer une seule autorité organisatrice des mobilités n'est plus à démontrer puisqu'en matière de déplacements, les limites administratives pénalisent souvent les usagers : selon que l'on habite dans le Voironnais, la Bièvre, le Pays viennois ou dans la métropole de Grenoble, les tarifs sont différents, et les modes de transports mal coordonnés [...] ».

Pourquoi a-t-il fallu tant et tant de temps pour que la politique daigne accorder de l’importance à la géographie ?

Sans doute est-ce, en partie, une question de psychologie, d’égo et de batailles de pré-carrés.

Espérons que cette histoire aidera à décider mieux et plus vite. Il paraît qu’il y a une urgence écologique.

Pour mémoire, voici quelques extraits de nos publications crolloises sur l’organisation de nos transports publics locaux.

En 2011, je relatai une aventure administrative montrant, sur une expérience concrète que tout usager pouvait vivre, que la séparation des réseaux et de la billettique entre le Grésivaudan et l’agglo grenobloise conduisait à des situations kafkaïenne ou ubuesques (au choix) ayant une force dissuasive puissante. J’écrivais alors :

http://www.edgarie.fr/archive/2011/01/07/la-presque-gratuite-des-bus-une-aventure-administrative.html

En Ile de France, il y a une Autorité Organisatrice des Transports, le STIF. Petit jeu ! Ici, dans la région de Grenoble, nous avons toute une collection d’AOT : le Conseil Général, le Grésivaudan, le Pays Voironnais, la Métro …

Plutôt que créer une nième instance administrative, un syndicat mixte chargé de coordonner les AOT, mieux vaudrait dissoudre l’AOT du Grésivaudan et transférer son réseau (avec les ressources financières associées) au Conseil Général.

En 2014, à l’occasion des élections municipales, lecrollois.fr a publié 80 idées pour Crolles. L’idée n°73 portait sur le choc de simplification. Bien sûr, nous y parlions de transport :

Simplifions l’organisation des transports en commun, en commençant par dissoudre l’Autorité Organisatrice du Grésivaudan. Les bénéfices seront rapides sur la signalétique, la tarification, la billettique, l’information voyageurs, la conception des horaires, l’exploitation du réseau.

http://www.lecrollois.fr/archive/2014/03/17/idee-n-73-le-choc-de-complification-2998054.html

En 2015, Emmanuel Wormser revient sur le sujet :

http://www.lecrollois.fr/archive/2015/11/22/quand-les-usagers-veulent-se-deplacer-le-gresivaudan-s-occup-3060695.html

Promouvoir les déplacements sans voiture, ce n'est pas seulement mettre en place des lignes de bus : c'est proposer une offre de service complète permettant effectivement que les transports en commun soient attractifs.

Et une question qui devient de plus en plus cruciale au fil de nos articles (voir et par exemple) : l'AOTU du Grésivaudan est-elle vraiment un outil au service des usagers ou une médaille de plus accrochée au revers de la veste de nos élus ?

En aout 2018, nos grandes oreilles nous apprennent qu’on s’approche du but.

http://www.lecrollois.fr/archive/2018/08/28/tougo-la-communication-selective-3113655.html

En attendant (soyons patients) une autorité organisatrice unique pour les transports urbains de la région de Grenoble, je me réjouis de voir que la plaquette TouGo présente l’offre de transport sur le territoire du Grésivaudan, en intégrant les lignes Express gérées par TransIsère (le département par délégation de la région) et les lignes de l’agglo gérées par la Métro (notamment la ligne C1).

Tout vient à point à qui sait attendre.

Francis Odier, 10 octobre 2019

21 juillet 2019

On n'y croyait pas... mais elle bouge !

On n'y croyait pas.

chrysalide23.jpgIl est vrai que son soutien indéfectible à toutes les décisions municipales, y compris sur le budget, poussait à la plus grande circonspection mais ça y est, sortant de son épaisse chrysalide d'habitudes, l'opposition majoritaire semble bouger...enfin !

Pour la première fois dans l'histoire de Crolles depuis de nombreuses années -les "anciens" se souviendront surement de  la bataille homérique de la MJC....- , des voix discordantes se sont faites entendre au sein de la municipalité.

Je vous laisse découvrir tout ça dans un article publié à cette occasion : https://crolles2020.fr/coeur-de-ville-et-alternat-les-marches-dabord-la-concertation-ensuite/

Soyons optimiste et espérons que les mois qui restent avant les élections offriront à certains d'autres occasions de faire un véritable coming-out, seule épreuve susceptible de les dégager de la gangue de mensonge et de d'atermoiements dans laquelle ils se sont enfermés.

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Et chiche ?

Si on sortait des dossiers, des trucs sales : une opération mani pulite pour se racheter une honorabilité après des années de complicité ?

 

E.Wormser, le 21 juillet 2019

07 juillet 2019

Modification n°2 du PLU de Crolles : annulée...

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Le tribunal administratif de Genoble a, par une décision du 4 juillet 2019, annulé la délibération approuvant la modification n°2 du PLU de Crolles ; le motif d'annulation ne surprendra pas : défaut de caractère personnel des conclusions du commissaire-enquêteur

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13 mai 2019

Le magazine de Crolles de mai 2019 : éloge du rond-point de Devos

Les ronds-points ont fait en France l'actualité de l'hiver et du printemps. Celui de l'entrée de Crolles montre la profondeur du mouvement initié et les avancées -bien peu politiques mais fondamentalement sociales- des idées qui s'y sont échangées.

Comme en clin d'oeil, la tribune de l'opposition, en page 14 du dernier numéro du magazine de Crolles, les mentionne en conclusion :

"Il est urgent que nos élus regardent ailleurs ce que les villes comparables inventent. Mais en sont-ils encore capables après plus de 20 ans à tourner en rond autour de nos ronds-points ?"

 

ouroboros--tintin.jpgcollier-trois-rangs-de-perles-akoya-vintage-283.jpgC'est toute la lecture de ce numéro de la revue municipale qui m'a fait penser à Raymond Devos et son rond-point !

Les perles qu'il égrène forment un collier "trois rangs" étonnant : on y retrouve en fait tous les ingrédients d'un raisonnement circulaire quasi-tautologique, digne du serpent qui se mord la queue !

Comment alors ne pas renvoyer au "plaisir des sens" ?

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13 avril 2019

Lettre ouverte à ma députée

Madame la députée,
 
L'actualité m'incite à vous écrire car des décisions importantes se préparent sur lesquelles je ne veux pas rester silencieux.
 
1) J'ai participé au Grand Débat National en répondant complètement au questionnaire en ligne. J'en connais les limites méthodologiques et les biais dans la sociologie des répondants, comme les garants nationaux, comme la presse, comme vous. Cependant, ces limites n'interdisent pas d'exploiter avec rigueur les résultats du grand débat. Or, je suis inquiet quand j'entend le Premier Ministre en tirer des premiers éléments de conclusion qui paraissent fort éloignés des analyses que commencent à faire les observateurs indépendants, notamment ceux qui prennent en compte l'ensemble des éléments disponibles (par exemple, y compris le "vrai débat" ou des sondages récents sur des sujets de fiscalité ou de services publics). J'attire votre attention sur le fait que des conclusions biaisées de ce grand débat auraient un effet dévastateur sur la confiance résiduelle de l'opinion dans le gouvernement et le parlement, et risqueraient fort d'être perçues, par les plus révoltés de nos concitoyens, comme une incitation à la violence. Le gouvernement est bien sûr légalement autorisé à proposer des lois qui vont à l'encontre de l'opinion. Je demande d'abord de la clarté et de l'honnêteté dans l'expression, par exemple en disant "le grand débat montre ou suggère ceci ... mais nous décidons cela".
 
2)  Concernant l'éventuelle privatisation d'ADP : avant de connaître votre vote sur ce dossier, je suis intéressé par votre point de vue sur le retour d'expérience de la privatisation des autoroutes. Pour moi, il s'agit non seulement d'un fiasco économique pour l'Etat, mais d'une forfaiture, comme en témoigne l'acharnement de l'Etat à maintenir l'opacité sur les contrats avec les sociétés  d'autoroutes. Je suis d'autant plus inquiet et indigné à l'idée de cette privatisation ADP que des acteurs clef de la privatisation des autoroutes sont aux responsabilités aujourd'hui, à commencer par le ministre de l'économie et des finances et par le président de la république pour ce qui concerne certains contrats de prolongation des concessions.
 
3) Enfin, concernant l'urgence climatique, je suis abasourdi par l'inertie et la passivité des pouvoirs publics qui privilégient l'énoncé d'objectifs lointains aux actions concrètes et urgentes qui devraient s'imposer. Je suis intéressé par connaître vos  actions en ce domaine. Vous avez publié sur votre site, en novembre dernier, un plaidoyer pour la taxe carbone ("Engageons-nous vers une économie « décarbonée »). Aujourd'hui, que proposez vous, non seulement pour compenser les renoncements à l'augmentation de la taxe carbone, mais surtout pour compenser les retards accumulés dans la transition écologique ? Je note que vous avez signé le soutien au projet Center Parcs à Roybon, alors que ce projet est néfaste pour l'environnement et sérieusement contraire à ce qu'il faudrait faire pour décarboner l'économie.
 
Dans votre article commentant la "démission de Nicolas Hulot - le choix d'un homme", vous évoquiez le bilan d’une année du Ministre et de votre majorité :
 
- L’arrêt du projet de Notre dame des Landes : en réalité, tout le monde le sait, ce sont les zadistes qui ont imposé l'arrêt de ce projet, le premier ministre n'a fait qu'entériner l'impossibilité de réaliser le projet, sans même se prononcer nettement sur le fond du dossier (sur lequel il avait toujours été favorable).
 
- la fin de l’exploitation des hydrocarbures : en fait, il s'agit de la fin lointaine programmée en France. Mais la France est un producteur tout à fait marginal, ce point n'est pas déterminant.
 
- l’arrêt des centrales à charbon d’ici 2022 : pourquoi une échéance si lointaine ? Rien ne garantit que cette fermeture sera effective durant le mandat. Je lis ici et là que ces échéances pourraient ne pas être respectées. Les projets de reconversion en centrale à biomasse sont alarmants car bruler de la biomasse à grande échelle et à faible rendement (sans cogénération) n'a rien d'écologique et d'utile pour lutter contre le réchauffement climatique
 
- le grand plan sur l’économie circulaire : Je dois avouer que ce grand plan m'avait échappé. Grâce à vous, je viens de parcourir les 50 mesures de la feuille de route pour l'économie circulaire. Il s'agit pour l'essentiel d'objectifs et de déclaration d'intention. L'expérience de ce type de plan m'incite à la prudence. Voyez par exemple les deux premiers plans Ecophyto qui sont restés sans effet. Permettez-moi d'attendre le bilan de la 1ère année avant d'apprécier en quoi ce grand plan peut être mis au crédit de l'action écologique du gouvernement.
 
- le plan biodiversité : et en même temps vous autorisez des projets destructeurs (élargissement de l'A480, contournement de Strasbourg ...), l'artificialisation des espaces agricoles et naturels se poursuit à vive allure, les préfets autorisent des voies routières nouvelles, des unités touristiques nouvelles, qui vont à l'encontre des avis des services du ministère de la transition écologique. L'ONF applique une politique industrielle peu favorable à la biodiversité. Les zones humides ne sont pas correctement protégées par la réglementation. Le budget des agences de l'eau est prélevé pour d'autres financements etc ... Je termine par un exemple local sur la contradiction entre ces ambitions affichées sur la biodiversité et la réalité : le préfet de l'Isère cautionne les défrichements sauvages qui ont été faits par des viticulteurs sur les coteaux de Seyssuel.
 
- l’interdiction du glyphosate dans 3 ans avec la mise en place de solutions alternatives : aucune base légale n'a été donnée à cette annonce, on est prié de croire le président sur parole, alors que les parlementaires n'ont pas voulu s'engager sur cette voie. La référence permanente "avec la mise en place de solutions alternatives" fait craindre un renoncement, car en fait les solutions alternatives existent, mais ne sont pas chimiques et supposent des changements de pratiques culturales qui ne peuvent pas être décidés par voie réglementaire. C'est pourquoi il faut commencer par l'interdiction, et ensuite accompagner le changement. Surtout, le glyphosate est le chiffon rouge qui cache l'océan des pesticides. C'est à l'usage des pesticides qu'il faut s'attaquer et les annonces récentes en la matière sont encore très décevantes.
 
- l’augmentation de la taxe carbone : elle a été abandonnée, très vite, au début du mouvement des gilets jaunes. Le président a eu peur, personnellement, et a cédé (affolé ?) à la violence. Il était possible de répondre autrement aux revendications des gilets jaunes, par exemple en décidant des mesures d'accompagnement et de justice sociale et fiscale.
 
- l’augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes en 2019 : là, désolé, je ne sais pas de quoi il s'agit. Cela dit, je me risque à une question : est-on bien sûr que la taxe sur les activités polluantes ne revient pas à cautionner des pollutions que l'on devrait réglementer plus sévèrement, voire interdire ?
 
- l’obligation de 50 % de nourriture bio dans les cantines : très bien ! Je suis heureux de terminer cette revue par une note positive. Cela dit, en lecture rapide de la loi du 30 octobre 2018 pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, je vois que l'article 24 relatif à la restauration collective exige seulement 20 % de produits bio (en valeur). Mais peut-être ai-je mal compris ce texte de loi technique et touffu.
 
Conscient de vos responsabilités, je vous prie de recevoir, Madame la députée, mes encouragements les plus sincères à la prise de risque dans vos engagements publics en faveur de l'intérêt général, celui-ci incluant bien sûr les générations futures.
 
Francis Odier, 12 avril 2019

20 février 2019

Les dissidents n'ont rien dissidé

Dans la vie, j’ai vu pas mal de choses bizarres et saugrenues, mais un dissident qui ne disside pas, ça je ne l’ai jamais vu … sauf à Crolles ! C’est l’incroyable scénario que l’on découvre dans notre belle commune, qui en a vu d’autres, mais tout de même ! Saugrenu.jpg

Jugez un peu. Voici la moitié de l’exécutif qui a toujours tout voté comme l’ensemble de la municipalité et qui se lance dans une critique sévère de l’exécutif (cf Communication Crolles 2020 – 8 février 2019) : « absence de participation citoyenne, décisions arbitraires, remise en cause des décisions actées collectivement, projets enlisés, capacités d’investissement sous utilisées… ».

Ils sont adjoints, ils ont toujours fait le pack, solidarité de groupe, jamais un vote Contre, jamais (en public) un mot s’écartant du discours officiel …. Maintenant, ils se disent dissidents, mais gardent le mandat et continuent comme avant.

Ils soutiennent activement l’exécutif municipal depuis 2014, 2008 pour certains, voire 2001. Et les voilà qui sortent du bois, donnant des vessies pour des lanternes, cherchant à se refaire une virginité d’opposant.

Je connais les ravages pour la santé mentale des conflits de valeurs. Alors, je m’interroge. Comment ont-ils pu aussi longtemps approuver des décisions qu’ils n’approuvaient pas ?

Avec mon esprit rebelle, je suis souvent du côté de ceux qui sortent du rang. Ici, mon cœur navigue et j’erre dans l’incompréhension. Je peine à me réjouir qu’advienne maintenant ce que j’espérais plus tôt : des frondeurs. Car nos frondeurs ne frondent pas plus qu’ils ne dissident, ils restent évasifs sur leurs motifs de désaccord avec l’autre demi-exécutif et ne citent pas une seule proposition qui aurait été refusée par la majorité.

Iznogoud 2.pngPour une fois, je ne peux qu’approuver pleinement le maire. Dans sa réponse publiée dans le Dauphiné, il conclut avec lucidité « la déclaration de ces élus dissidents témoigne avant tout de leur impatience à vouloir prendre les rênes ».

Je dois cependant nuancer. Ils ne veulent pas prendre les rênes, ils les ont déjà, ils veulent les garder ou – rêvons un peu – les transmettre à d’autres.

Allons, que vive la démocratie, et merci d’avance et bon courage à tous les candidats aux élections municipales 2020.

Francis Odier, 20 février 2019

03 janvier 2019

Les Gilets Jaunes en mairie

Depuis novembre 2018, les Gilets Jaunes ont déclenché un mouvement original qui a déjà généré des milliers de pages de commentaires. Dans le Grésivaudan, ils ont deux bastions, deux ronds-points occupés depuis plusieurs semaines presque en continu, à Pontcharra devant Super U et Crolles au Rafour.

Surpris et démuni devant l’ampleur et la popularité de ce mouvement, le gouvernement cherche à circonscrire l’incendie et, pour cela, le Président a annoncé « un grand débat national ». Première étape, en urgence : donner aux gilets jaunes l’impression qu’ils sont écoutés. Des cahiers de doléance sont ouverts en mairie et annoncés sur les sites web de de La Terrasse, Bernin, Villard Bonnot …. Mais, à Crolles, un irréductible maire refuse de jouer le jeu de ses cahiers de doléances, il ne veut pas « être en otage » de gilets jaunes qui lui demanderaient des comptes sur des sujets (dont la fiscalité des carburants) qui ne sont pas de son ressort.

C’est le débat avant le débat : faut-il impliquer les communes dans ce grand débat national annoncé ?

Pour moi, la réponse est oui, évidemment. De même que les communes contribuent à l’organisation des élections présidentielles, européennes, législatives … Le maire assume plusieurs fonctions : il est agent de l’Etat (A ce titre il est notamment chargé de l'état civil, de la révision et de la tenue des listes électorales, de l'organisation des élections ainsi que du recensement citoyen. En outre, il dispose d'attributions spécifiques en matière de police et de sécurité civile - https://www.collectivites-locales.gouv.fr/attributions-maire-agent-letat), il dirige des services municipaux et, en tant qu’élu, il représente les habitants.

En refusant d’accueillir les cahiers de doléance (voir son interview sur France 3), le maire de Crolles refuse, sur ce sujet, d’agir en tant qu’agent de l’Etat qui le lui demande et en tant que représentant des habitants dont certains souhaitent s’exprimer via ces fameux cahiers. Le maire privilégie ainsi son rôle de gestionnaire des services municipaux, donnant à son mandat une vision étriquée et alimentant le moulin de ceux qui œuvrent pour l’affaiblissement des corps intermédiaires.

Le maire de Crolles se désolidarise de l'Association des Maires de France et de l'Association des Petites Villes de France qui ont appelé les maires à recueillir les doléances.

Heureusement, cette histoire n’est pas finie … et nous aurons d’autres occasions de contribuer au grand débat national qui s’annonce et le bonheur d’y glisser des réflexions et propositions concernant la démocratie locale.

Francis Odier, 2 janvier 2019