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13 avril 2019

Lettre ouverte à ma députée

Madame la députée,
 
L'actualité m'incite à vous écrire car des décisions importantes se préparent sur lesquelles je ne veux pas rester silencieux.
 
1) J'ai participé au Grand Débat National en répondant complètement au questionnaire en ligne. J'en connais les limites méthodologiques et les biais dans la sociologie des répondants, comme les garants nationaux, comme la presse, comme vous. Cependant, ces limites n'interdisent pas d'exploiter avec rigueur les résultats du grand débat. Or, je suis inquiet quand j'entend le Premier Ministre en tirer des premiers éléments de conclusion qui paraissent fort éloignés des analyses que commencent à faire les observateurs indépendants, notamment ceux qui prennent en compte l'ensemble des éléments disponibles (par exemple, y compris le "vrai débat" ou des sondages récents sur des sujets de fiscalité ou de services publics). J'attire votre attention sur le fait que des conclusions biaisées de ce grand débat auraient un effet dévastateur sur la confiance résiduelle de l'opinion dans le gouvernement et le parlement, et risqueraient fort d'être perçues, par les plus révoltés de nos concitoyens, comme une incitation à la violence. Le gouvernement est bien sûr légalement autorisé à proposer des lois qui vont à l'encontre de l'opinion. Je demande d'abord de la clarté et de l'honnêteté dans l'expression, par exemple en disant "le grand débat montre ou suggère ceci ... mais nous décidons cela".
 
2)  Concernant l'éventuelle privatisation d'ADP : avant de connaître votre vote sur ce dossier, je suis intéressé par votre point de vue sur le retour d'expérience de la privatisation des autoroutes. Pour moi, il s'agit non seulement d'un fiasco économique pour l'Etat, mais d'une forfaiture, comme en témoigne l'acharnement de l'Etat à maintenir l'opacité sur les contrats avec les sociétés  d'autoroutes. Je suis d'autant plus inquiet et indigné à l'idée de cette privatisation ADP que des acteurs clef de la privatisation des autoroutes sont aux responsabilités aujourd'hui, à commencer par le ministre de l'économie et des finances et par le président de la république pour ce qui concerne certains contrats de prolongation des concessions.
 
3) Enfin, concernant l'urgence climatique, je suis abasourdi par l'inertie et la passivité des pouvoirs publics qui privilégient l'énoncé d'objectifs lointains aux actions concrètes et urgentes qui devraient s'imposer. Je suis intéressé par connaître vos  actions en ce domaine. Vous avez publié sur votre site, en novembre dernier, un plaidoyer pour la taxe carbone ("Engageons-nous vers une économie « décarbonée »). Aujourd'hui, que proposez vous, non seulement pour compenser les renoncements à l'augmentation de la taxe carbone, mais surtout pour compenser les retards accumulés dans la transition écologique ? Je note que vous avez signé le soutien au projet Center Parcs à Roybon, alors que ce projet est néfaste pour l'environnement et sérieusement contraire à ce qu'il faudrait faire pour décarboner l'économie.
 
Dans votre article commentant la "démission de Nicolas Hulot - le choix d'un homme", vous évoquiez le bilan d’une année du Ministre et de votre majorité :
 
- L’arrêt du projet de Notre dame des Landes : en réalité, tout le monde le sait, ce sont les zadistes qui ont imposé l'arrêt de ce projet, le premier ministre n'a fait qu'entériner l'impossibilité de réaliser le projet, sans même se prononcer nettement sur le fond du dossier (sur lequel il avait toujours été favorable).
 
- la fin de l’exploitation des hydrocarbures : en fait, il s'agit de la fin lointaine programmée en France. Mais la France est un producteur tout à fait marginal, ce point n'est pas déterminant.
 
- l’arrêt des centrales à charbon d’ici 2022 : pourquoi une échéance si lointaine ? Rien ne garantit que cette fermeture sera effective durant le mandat. Je lis ici et là que ces échéances pourraient ne pas être respectées. Les projets de reconversion en centrale à biomasse sont alarmants car bruler de la biomasse à grande échelle et à faible rendement (sans cogénération) n'a rien d'écologique et d'utile pour lutter contre le réchauffement climatique
 
- le grand plan sur l’économie circulaire : Je dois avouer que ce grand plan m'avait échappé. Grâce à vous, je viens de parcourir les 50 mesures de la feuille de route pour l'économie circulaire. Il s'agit pour l'essentiel d'objectifs et de déclaration d'intention. L'expérience de ce type de plan m'incite à la prudence. Voyez par exemple les deux premiers plans Ecophyto qui sont restés sans effet. Permettez-moi d'attendre le bilan de la 1ère année avant d'apprécier en quoi ce grand plan peut être mis au crédit de l'action écologique du gouvernement.
 
- le plan biodiversité : et en même temps vous autorisez des projets destructeurs (élargissement de l'A480, contournement de Strasbourg ...), l'artificialisation des espaces agricoles et naturels se poursuit à vive allure, les préfets autorisent des voies routières nouvelles, des unités touristiques nouvelles, qui vont à l'encontre des avis des services du ministère de la transition écologique. L'ONF applique une politique industrielle peu favorable à la biodiversité. Les zones humides ne sont pas correctement protégées par la réglementation. Le budget des agences de l'eau est prélevé pour d'autres financements etc ... Je termine par un exemple local sur la contradiction entre ces ambitions affichées sur la biodiversité et la réalité : le préfet de l'Isère cautionne les défrichements sauvages qui ont été faits par des viticulteurs sur les coteaux de Seyssuel.
 
- l’interdiction du glyphosate dans 3 ans avec la mise en place de solutions alternatives : aucune base légale n'a été donnée à cette annonce, on est prié de croire le président sur parole, alors que les parlementaires n'ont pas voulu s'engager sur cette voie. La référence permanente "avec la mise en place de solutions alternatives" fait craindre un renoncement, car en fait les solutions alternatives existent, mais ne sont pas chimiques et supposent des changements de pratiques culturales qui ne peuvent pas être décidés par voie réglementaire. C'est pourquoi il faut commencer par l'interdiction, et ensuite accompagner le changement. Surtout, le glyphosate est le chiffon rouge qui cache l'océan des pesticides. C'est à l'usage des pesticides qu'il faut s'attaquer et les annonces récentes en la matière sont encore très décevantes.
 
- l’augmentation de la taxe carbone : elle a été abandonnée, très vite, au début du mouvement des gilets jaunes. Le président a eu peur, personnellement, et a cédé (affolé ?) à la violence. Il était possible de répondre autrement aux revendications des gilets jaunes, par exemple en décidant des mesures d'accompagnement et de justice sociale et fiscale.
 
- l’augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes en 2019 : là, désolé, je ne sais pas de quoi il s'agit. Cela dit, je me risque à une question : est-on bien sûr que la taxe sur les activités polluantes ne revient pas à cautionner des pollutions que l'on devrait réglementer plus sévèrement, voire interdire ?
 
- l’obligation de 50 % de nourriture bio dans les cantines : très bien ! Je suis heureux de terminer cette revue par une note positive. Cela dit, en lecture rapide de la loi du 30 octobre 2018 pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, je vois que l'article 24 relatif à la restauration collective exige seulement 20 % de produits bio (en valeur). Mais peut-être ai-je mal compris ce texte de loi technique et touffu.
 
Conscient de vos responsabilités, je vous prie de recevoir, Madame la députée, mes encouragements les plus sincères à la prise de risque dans vos engagements publics en faveur de l'intérêt général, celui-ci incluant bien sûr les générations futures.
 
Francis Odier, 12 avril 2019

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