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07 avril 2012

La Bataille du Péage de Crolles

Inauguration symbolique de l'autoroute gratuite en 1982En 1976, la voie expresse Le Touvet-Grenoble se transforme. Désormais, les voitures pourront relier Grenoble à Chambéry par l'autoroute. L'AREA en prend la concession et décide d'installer des péages. La sortie Crolles-Brignoud a droit au sien. Scandale dans la vallée, car ce qui était gratuit jusque-là devient payant ! Les syndicats, les élus, les associations, les usagers se mobilisent et décrètent en­semble de ne pas acquitter les trois francs réclamés à cha­que passage.
C'est ainsi qu'est né le très actif "comité pour la gratuité de l'autoroute" avec Paul Jargot à sa tête. Il engage des actions à l'aspect quel­quefois folklorique. Des convois de voitures "escargots" bouchonnent l'autoroute. Des manifestations en voiture bloquent toute l'autoroute. La solidarité s'organise avec les usagers verbalisés pour non payement du péage. Tout le monde va au tribunal et les amendes sont prises en charge collective­ment.
L'AREA réagit en mettant des barrières aux péages. Alors tous les week-ends de nou­velles manifestations occupent les péages et ouvrent les bar­rières.
Mais l'AREA, forte de sa concession et de ses arguments économi­ques ne cède toujours pas. C'est Charles Fiterman, tout nouveau ministre des transports qui résoudra le problème. L'état rachètera le péage en 1982.
Sans ces actions, quelques fois illégales, est-ce que la zone industrielle de Crolles aurait pu se développer ?

Claude Muller

 

La naissance des États Généraux de Crolles

Etats generaux 2.jpgUne ambition démocratique
Les Etats Généraux de Crolles ne se sont pas toujours déroulés de la même manière. Ils ont évolué avec le temps et les habitudes de débats, mais Paul Jargot leur a toujours donné la même ambition : "débattre avec la population des évolutions de la commu­ne". La première année, en 1953, il n'y avait que 4 personnes. Pour rendre les Etats Généraux plus concrets, les années sui­vantes, un thème central est choisi.
Crolles dans le noir pour un soir

En 1954, les débats porte sur l'éclairage public. Toutes les lumières de Crolles sont éteintes la veille. Petite provo­cation pour attirer la population. Les années suivantes une lettre est adressée aux Crollois pour leur permettre de préparer leurs interven­tions : "Si vous voulez avoir satisfaction de vos deman­des, alors venez les dire aux Etats Généraux."
Simple et passionnant

En 1962, la formule change. L'assemblée est divisée en deux. Lors de la première séance chacun expose ses critiques et suggestions. Elles sont toutes écrites au tableau. Il y en avait environ soixante. Puis, elles sont envoyées dans chaque boite à lettres, avec le budget prévisionnel. Lors de la deuxième séance toutes ces suggestions sont clas­sées. D'abord, qu'est-ce qui est d'intérêt général et qu'est ce qui est d'intérêt particu­lier ? Ensuite dans ce qui est d'intérêt général, qu'est-ce qui est le plus important :
la priori­té. En cas de désaccord, un vote est organisé. Puis toutes les autres propositions sont classées. Enfin, budget en main, l'assemblée décide jusqu'à quelle suggestion, elle peut aller. "A la fois très simple et passionnant", concluait Paul Jargot.
Claude Muller

 

26 février 2012

La bibliothèque de Crolles porte son nom mais qui s'en souvient, en ce printemps des poètes ?

Gilbert Dalet dans sa cuisineGilbert Dalet, l'écrivain
(?/?/1905 - 24/01/2002)

Je l'ai connu à la fin de sa vie.
Il habitait seul dans la maison qu'il s'était construite. (Depuis, elle a été détruite pour laisser la place à la poste de Crolles !). Il écrivait toute la journée des chroniques. Il était heureux et riait volontiers des aléas de la vie. En hiver, lorsque je passais le voir, il me recevait dans sa cuisine car son bureau était inaccessible, tant il possédait de livres, d'albums et de revues. En été, nous passions des heures assis sur un banc, au pied de sa maison, le long de la nationale.
Il me racontait l'importance des mots : "Avec eux, tout devient possible. Ils ont guidé ma vie." Alors, ce sont à eux que je pense en écrivant cette chronique sur l'ami Gilbert.
Claude Muller

Gilbert Dalet au défilé du 1er maiLa musique des mots de Gilbert Dalet
Gilbert Dalet est un poète, un poète de l'Histoire. Cet enfant de l'Assistance, né à Paris en 1915 est élevé dans une campagne du Morvan par sa "Maman Marguerite". Après l'école normale de Grenoble, il est nommé instituteur à Saint Pierre d'Allevard. Il s'y marie avec Hélène Maurin qui comptera beaucoup pour lui tout au long de sa vie. Pendant la guerre, il héberge ceux qui sont traqués par l'Occupant et cache vivres et armes destinées aux maquis de Belledonne. Dans la résistance, il rencontre la romancière Thyde Monnier, celle qui lui donnera le goût d'écrire. A la Libération, il est engagé comme journaliste au "Patriote de Nice" puis revient en Isère au "Travailleur Alpin", alors quotidien. En 1952, il doit reprendre son métier d'enseignant. Il est instituteur à La Tronche puis directeur d'école à Brignoud.
En 1969, il vient s'installer à Crolles. La même année, il est élu membre titulaire du 17
e
fauteuil de l'Académie Delphinale.

Gilbert Dalet

Gilbert Dalet, l'auteur libre
Ombre sur les Adrets 1988A partir de là, il laisse courir sa plume inspirée par la musique des mots. Il devient chroniqueur aux "Affiches de Grenoble et du Dauphiné". Dans son premier roman, "Le parisien de la Marguerite", réédité sous le titre "L'odeur des noisettes", il met en scène, avec tendresse et émotion, son enfance Morvandelle. Si vous ne deviez lire qu'un seul de ses livres, c'est celui-là qu'il vous faut choisir. Il dépeint avec des mots heureux une enfance sensible dans une campagne naturelle. "Le grand étang dans son lit de sapins et son chandail de brumes au petit matin frais..." Ensuite, vous pourrez lire son "ouvrage essentiel"; "L'étrange figure du Baron des Adrets". Ce
tte biographie sera adaptée et jouée, aux Adrets même, par le Théâtre sous la Dent. En 1995, Gilbert Dalet publie un roman historique qui lui ressemble, "L'homme à tête pelée". Ce livre, qu'il avait d'abord écrit sous forme de feuilleton, raconte la vie du magistrat Grenoblois, Claude de Chaulnes, un poète libertin du XVIIIème siècle. Puis pour son plaisir et celui de ses nombreux lecteurs, Gilbert chronique en signant Gil Daisy. Ses plus beaux textes parus dans la presse sont regroupés sous le titre original : "Lettres de mon arbre". Il y donne libre cours à son humour décapant :
"
Je signe et je persiste, j'y tiens à mes contes même s'ils paraissent dormir debout parce qu'ils laissent des traces, eux…".

Livres Gilbert Dalet

Bibliotheque Gilbert Dalet.jpgLa bibliothèque Gilbert Dalet
C'est le 30 mars 2002 que la bibliothèque municipale de Crolles a choisi de porter le nom de Gilbert Dalet. C'est une belle pirouette de l'histoire pour celui qui, à douze ans, n'avait pour toute lecture que le catalogue de la Samaritaine. Au cours d'une cérémonie à la fois émouvante et joyeuse, comme Gilbert l'aurait aimée, le comédien et l'ami Daniel Dumas a lu des extraits des Lettres de mon arbre :
"Habitués que nous sommes à recevoir, à l'heure des pantoufles, les images-choc de l'actualité, de la tête du Landru quotidien à celle des maîtres de ce monde, ces presse-bouton dûment estampillés par le suffrage uni­versel, nous ne tressaillons même plus à la vue des squelettes titubants du Sahel qui nous condamnent pourtant irrémédiablement avec leurs yeux et leurs ven­tres dilatés. Ils sont trop."

Chronique de saison (juillet 1990) publiée dans "Lettre de mon arbre".
Gilbert Dalet
"Il y avait une fois la canicule. Au point, ma chère, qu'on ne sait plus où se mettre. Mais elle fournit un beau sujet de conversation, la canicule. Des inconnus s'abordent, histoire de raconter la nuit qu'ils ont passée. Tout n'est pas perdu. De la sueur sans les larmes, on a vu plus moche. D'accord, on économise l'eau mais la langue ne manque pas de salive. Ceux qui nous gouvernent et ceux qui pensent à les remplacer y vont de leurs petits mots assassins. La voilà la brise de l'été, la vraie surchauffe. Mon arbre lui-même me crie qu'il a soif mais il n'a pas le droit à l'arrosage. Je m'étais promis de donner à boire aux oiseaux. Car eux, ils ne parlent plus et on ne va pas leur demander de chanter. Il ne me reste plus que la crécelle de la corneille pour toute musique…."

Claude Muller avec la complicité de Gilbert Dalet et le regard d'Andrée Lancha, sa fille.

03 janvier 2012

La gare de Crolles

La gare de crolles.jpgA partir de la fin du 19ème siècle, un tramway relie Chapareillan à Grenoble en passant par Crolles. C'est alors un moyen de communication moderne, pratique et rapide. Il facilite aussi grandement l'acheminement des produits agricoles de la vallée.
C'est une aubaine pour les très nombreux viticulteurs des coteaux du Grésivaudan. Ce moyen de transport leur permet d'aller vendre leur vin dans les auberges de Grenoble. Les paysans Crollois vivent alors en autarcie. Ils se nourrissent de leurs cultures. Ils pratiquent aussi couramment l'échange et le troc. Alors, la vente de leur vin représente souvent un apport d'argent nécessaire pour pouvoir acheter, aux artisans de la vallée, les outils indispensable à leurs exploitations.
Le tramway permet aussi aux gantières d'échanger leurs productions avec les boutiques de Grenoble. La centaine d'habiles couturières de Crolles part à la ville pour chercher les peaux et les commandes de gants puis reviennent travailler à domicile. Lorsque les travaux des champs sont terminés, elles coupent et cousent à façon. Ce long et minutieux travail finit, les gants peuvent repartir en tram vers la capitale de la ganterie. Cette activité saisonnière apporte un complément d'argent indispensable à bon nombre de familles Crolloises.
En 1945, 1 206 703 voyageurs empruntent le tramway de la rive droite du Grésivaudan. La gare de Crolles est alors l'un des points d'accès privilégiés à ce mode de transport et de communication. Mais à la fin de la guerre, les cars deviennent de plus en plus performants. Leur concurrence est fatale au tram. La ligne Grenoble-Chapareillan doit fermer en mars 1948.
Plus tard, le dépôt de la gare de Crolles sera réaménagé. Il servira de salle des fêtes à la commune pendant de longues années. Il a même été la première Maison des Jeunes et de la Culture de Crolles. Puis à la fin du siècle, il sera transformé en boulodrome couvert.
Quant à la gare du tram de Crolles, elle sera transformée en 1994 en bureau de poste. Puis, ses locaux étant devenus trop exiguë pour elle, la poste va déménager fin octobre 2008 dans un espace plus fonctionnel et laisser cet important bâtiment de notre patrimoine seul, vide et...triste.

Mais que va-t-il devenir ? L’idéal serait qu'il retrouve sa fonction initiale de gare. Je suis sûr que les nombreux usagers des transports en commun de la vallée auraient aimé disposer d'un tel point d'accueil depuis 4 ans qu'il ne sert plus. En tout cas, même maintenant ce ne serait pas un luxe. Mais la municipalité actuelle rêve depuis longtemps de construire une brasserie. Alors, elle a décidé de transformer ce bâtiment pour qu'il puisse accueillir ce projet cher à son cœur. Mais, est-ce bien raisonnable ? Aménager une auberge, est-ce  le rôle d'une commune ? Cela pourrait se concevoir en zone rurale, mais à Crolles, ce ne sont pas les restaurants et les débits de boissons qui manquent ? Et que vient faire l'argent public dans un tel projet ?  Et pas avec n'importe quelle somme. Les devis d'aménagement de cette brasserie se montent à 404.222,05 Euros HT, sans compter les dépassements qui ne manqueront pas, comme très souvent à Crolles !  C'est un palace qu'ils construisent ? Mais le conseil municipal a voté ces 11 marchés sans sourciller, comme un seul homme, le 16 décembre 2011. Nos élus n'en démordent pas. Ils s'entêtent et veulent à tout prix nous imposer leur projet...au point d'oublier le glorieux passé de la gare de Crolles.


Claude Muller

22 novembre 2011

Les sanatoriums abandonnés

Petites Roches.jpgUn après-midi de cet automne 2011, je suis monté à St Hilaire du Touvet, du coté des sanatoriums. J'y ai trouvé un spectacle inimaginable. Les bâtiments des Petites Roches et du CMUD (Centre Medico Universitaire Daniel Douady) sont ouverts aux quatre vents et laissés à la folie des pilleurs. C'est impensable.
Je n'ai pas pu m'empêcher de retourner dans la chambre qui m'avait accueilli et guéri...j'en suis sorti dans un total effondrement, moral et physique. Je pensais à tous les malades de la tuberculose qui ont séjourné là-haut, aux Résistants qui ont trouvé refuge, malgré tout, entre ces murs...je repensais à La petite Chartreuse de Pierre Péju qui hante toujours ces lieux...
Comme il n'y a plus rien à prendre...les pilleurs ôtent consciencieusement les tuiles des toits, une par une...Conséquence, dès qu'il va pleuvoir, ces bâtiments vont pourrir sur pied.
Comment en est-on arrivé là ? C'est affligeant, désolant, scandaleux, triste, ulcérant, révoltant...je n'ai plus de mot pour exprimer mon désarroi devant un tel gâchis...

J'ai la Honte.jpgClaude Muller

26 octobre 2011

Au revoir UGIMAG

Ugimag demolition1.jpg

En rentrant de vacances, vous avez tous remarqué les travaux de démolition des anciens bâtiments situés à droite de l'Avenue Ambroise Croizat en remontant, face au supermarché Lidl. Et vous êtes-vous demandé quels étaient ces locaux que les bulls démolissaient consciencieusement ?
C'était l'ancienne usine UGIMAG, cela ne vous dit toujours rien ? Alors je vais essayer d'éclairer votre lanterne magique.

Bonjour la zone industrielle

Paul JargotDans les années 1960, Crolles est exsangue. Malgré cela, Paul Jargot, maire de Crolles de 1953 à 1986, propose aux Crollois rassemblés en États Généraux, d'endetter la commune (cf J’ai mal à ma dette) et d'investir dans une zone industrielle flambant neuve. "Elle sera traversée par une grande avenue". Il a convaincu la population avec cet argument imparable : "c'est pour que vos enfants trouvent du travail".
Au début, c'est dur. Seules quelques entreprises acceptent de jouer le jeu. UGIMAG est l'une des premières à oser s'implanter à Crolles. Cette filiale de Pechiney construit un centre de recherche et de production d'aimants. Avec le développement des nouveaux moteurs électriques, le marché est porteur et les aimants de Crolles acquièrent vite une grande renommée.

Au revoir les aimants, bonjour ST

Mais comme vous le savez, la microélectronique arrive. (ST aussi, mais c'est une autre histoire). Elle supplante rapidement les moteurs électriques et, dans les années 2000, Crolles doit mettre au rencart ses aimants. Et les locaux ? Ils restent vides... Jean-Claude Paturel, le nouveau maire de Crolles, espère que la commune pourra les racheter pour les transformer en gare d'arrivée du Train Tram. Ce projet dont il rêvait, pour résoudre les problèmes de circulation dans la vallée...

Ugimag chantier11.jpgBonjour Gifi

Vous connaissez la triste suite ... et puis une nouvelle équipe s'installe à la mairie et de nouveaux choix s’opèrent. Résultat, les bâtiments d'UGIMAG, toujours vides, changent de propriétaire 100 fois pour atterrir entre les mains de promoteurs inconnus. Ils décident finalement de les démolir en catimini cet été. Aujourd'hui, ils ont de grands projets pour ce terrain vite aplani. C'est là qu'ils veulent implanter un tout nouveau, tout beau, tout neuf centre commercial. Il abritera Besson chaussures et Gifi, bravo dit le dindon...

Mais, il y a un hic...

Vous vous doutez bien que ne vous ai pas raconté cette histoire uniquement pour vous endormir, mais pour attirer votre attention sur un petit souci...qui peut devenir gros.
Vous savez tous comment on fabrique des aimants 
? Je vous résume quand même pour ceux qui avaient un billet d'absence le jour de ce cours de sciences. On utilise et donc on stocke des métaux réduits en poudre très très fine du genre fer, cobalt, nickel et même des terres rares portant des noms bizarres. Et normalement, c'est là que vous vous demandez : lors de la démolition de cette usine, que sont devenus tous ces matériaux très volatiles ? Ils avaient dû polluer ce terrain ? Vous vous dites immédiatement : ces promoteurs sont des gens sérieux, ils ont dû effectuer des analyses et dépolluer le sol. Eh bien non, que nenni, rien, zob, que dalle, pas l'ombre d'un début d'une précaution n'a été prise cet été pour dépolluer ce site industriel.

Ugimag demolition22.jpgJeu de main, jeu de v...

Et comme toujours dans ces cas-là, les décideurs se renvoient la balle consciencieusement et finissent par botter en touche. C'est à la Commune de le faire... c'est à l'ancien propriétaire... c'est au nouvel acquéreur... les pollueurs sont les payeurs... et comme toujours qui trinque ? En tout cas, moi je n'irai acheter ni mes chaussures, ni mon linge de maison dans un magasin implanté sur un terrain super pollué. Et vous ?

Ugimag chantier2.jpgClaude Muller