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04 juillet 2012

Crolles investit dans la grande distribution

Notre maison brûle et nous regardons ailleurs [1]. Dix ans plus tard, ce discours célèbre du président Chirac n’a pas pris une ride, et s’applique tristement ici.

Télécharger le texte complet : Crolles investit dans la grande distribution - notes en fin de page.pdf

En France, la situation sociale, économique et environnementale n’est pas mirobolante, loin s’en faut. Officiellement, le gouvernement et le parti socialiste en sont conscients et s’engagent dans le redressement productif, la transition énergétique et écologique [2]. A Bruxelles, Arnaud Montebourg plaide pour une politique industrielle volontariste [3].

Dans ce contexte, le conseil municipal de Crolles a décidé, à l’unanimité, d’engager 3,8 M€ pour le développement du commerce et de la grande distribution [4]. A Paris, les députés disent qu’il faut produire en France ; à Crolles, les conseillers veulent consommer au Rafour.

C’est ce qui ressort de cette réunion d’information à laquelle j’ai assisté hier soir à la mairie. L’ordre du jour portait sur le déménagement de la déchetterie. Mais comme l’a indiqué assez vite le maire, pressé de questions par des riverains découvrant qu’aucune alternative n’avait été envisagée, le but premier est de libérer de l’espace pour installer des surfaces commerciales.  Voir le plan de situation : Déménagement de la déchetterie - plan de situation.pdf 

Il n’y a aucun doute sur le but réel motivant la décision de déménagement de la déchetterie. La délibération du conseil municipal du 2 avril 2012 indique qu’il s’agit de « libérer l’entrée de la future zone commerciale », ce qui veut bien dire permettre d’agrandir la zone commerciale. La municipalité poursuit cet objectif de longue date. Le schéma directeur 2000 de la région de Grenoble prévoyait déjà une grande zone commerciale dans la zone occupée par la déchetterie actuelle. En 2007, le maire avait présenté en réunion publique des projets d’hypermarché qui ont ensuite été abandonnés, sans doute car les réactions de la population étaient très défavorables.

Diapositive1.JPGDepuis plusieurs années, les citoyens et les participants aux réunions publiques sur le PLU ou l’Agenda 21 ont exprimé, avec constance, une préférence pour le commerce de proximité et non pour la grande distribution (ci-contre : atelier PLU, mars 2007), adhérent ainsi aux priorités énoncées par la plupart des mouvements politiques [5]. Mais la municipalité fait fi de ces avis et œuvre avec ténacité pour installer des commerces dont la zone de chalandise va très au-delà de la commune : GIFI et BESSON sur le terrain ex-UGIMAG, l’éco-centre qui rayonnera sur tout le Grésivaudan, l’agrandissement de Casino  est en suspens mais a été autorisé par le PLU, et on poursuit en déplaçant la déchetterie.

Imaginons un instant. Vous êtes responsable politique, soucieux de la société. Vous connaissez la situation du pays. Vous êtes inquiets du chômage, de la désindustrialisation, des problèmes de logement. Dans votre ville, les services publics fondamentaux sont assurés très correctement : l’accueil de la petite enfance, l’école, la culture, la voirie … La vie associative est dynamique. Des terrains sont disponibles pour le logement et un projet de quartier durable a été lancé. Vous avez 3 ou 4 M€ disponibles, qu’en faites-vous ?

Mille idées surgissent : développer l’agriculture biologique, soutenir une opération de relocalisation menée par un industriel local, investir dans un atelier de transformation de produits agricoles ou forestiers, construire une centrale de production d’énergie renouvelable, accélérer le projet de quartier durable, faire des acquisitions foncières pour un réseau de transport en commun en site propre, construire une passerelle piétons et cycles pour assurer la liaison Crolles – Brignoud …

Que nenni ! Notre choix, dit le conseil municipal sans débat, c’est le commerce et la consommation.  

Vous me dirais que je mélange tout, je répondrai qu’il faut relier les idées[6].

Revenons à la réunion publique du 2 juillet 2012. 1) Le but réel relève de l’urbanisme commercial. 2) Le but affiché est la rénovation de la déchetterie[7]. 3) Les riverains sont venus pour dénoncer les risques de nuisance.

La réunion est là pour faire passer la pilule. Le maire entend les préoccupations des riverains et s’engage à les prendre en compte. Nous sommes dans le palliatif ponctuel, pour mieux évacuer les sujets de fond. Personne ne s’intéresse aux enjeux économiques [8] : indifférence ? Comportement de riche ?

Ne restons pas myopes et béats dans notre belle ville prospère. Il est essentiel, si on veut donner du sens à la réflexion et à l’action politique, de faire des liens, des rapprochements, entre les situations qui se déploient aux différents niveaux démocratiques, de la commune au niveau mondial, en passant par le pays et l’Europe. A l’échelle de Crolles, le déménagement de la déchetterie est un grand projet inutile[9].

Francis Odier, 3 juillet 2012

Pour mémoire, l'enquête et les ateliers PLU de 2007 :  Enquete PLU.pdf   CR PLU économie et emploi.pdf   CR PLU habitat et démographie.pdf   CR PLU habitat et espaces naturels.pdf  CR PLU deplacements.pdf

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